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Soumission d'Édouard Bernier-Thilbault

Selon vous quelles devraient être la ou les revendications des grèves étudiantes pour la justice climatique qui auront lieu aux printemps 2023 et 2024 ?


RÉSUMÉ: Il est plus que clair que c’est une perspective décidément réformiste qui domine les perspectives et les propositions à propos de la GGI pour la justice climatique dans le cadre de ÉcoloGGI. Avant de se demander si cette perspective d’action décidément réformiste est juste ou correcte, il faut d’abord avoir une compréhension claire de ce que sont les causes du problème. La cause principale ou fondamentale du problème est la nature du capitalisme dans lequel la classe bourgeoise tente constamment d’accroître son


profit au coût de la destruction écologique ainsi que des injustices tant climatiques que sociales. Avec cette compréhension plus claire, même si simplifier, de la nature et des causes de la crise écologique que nous voulons faire cesser, il apparaît clairement que les revendications et la tendance réformiste de notre mouvement ne permettent pas de mettre fin à la crise écologique et permettre une véritable justice climatique. Malgré cela, face à l’absence de mouvements révolutionnaires organisés et considérant l’importance non négligeable des luttes réformistes populaires pour construire la conscience critique chez les populations exploités et opprimés, construire le pouvoir et l'initiative politique populaire et atteindre certains gains relatifs, je crois que nous devrions adopter consciemment des revendications réformistes fortes et progressistes pour lutter contre certaines des pires manifestations du caractère fondamentalement écocidaire du capitalisme, qui s’attaquerait avant tout aux très riches et à leurs propriétés privés puis aux grandes entreprises et aux projets capitalistes. Des exemples généraux de revendications dans ce sens sont présentés plus bas, avec des considérations plus spécifiques sur l’importance du travail d’agit-prop et d’éducation populaire puis de construction du pouvoir populaire dans le processus de GGI.





  1. Introduction


Il est plus que clair que c’est une perspective décidément réformiste qui domine les tendances et les revendications à propos de la GGI pour la justice climatique. En d’autres mots, la tendance générale des revendications et de l’organisation suggère que la grève n’aurait pas comme but ultime de détruire les structures et institutions fondamentales de notre société et d’enclencher un processus de création d’un nouvel ordre social. Les revendications, la plupart du moins, suggèrent plutôt de modifier les structures et institutions existantes, de les doter de lois ou de contraintes légales, d’en ajouter de nouvelles pour améliorer la situation, etc. Ceci n’est pas un jugement, mais un simple fait que je souhaite constater pour le rendre conscient. Face à cet état des lieux dans le mouvement il est important de réfléchir de manière critique à ce que cela signifie, si c’est juste ou correcte et comment se positionner face à lui. Ce texte apparaîtra peut-être un peu scolaire ou théorique, mais je crois nécessaire de tenter de mettre les choses au clair sur ce qu’on est, ce qu’on conçoit comme étant le problème et ses causes, ce qu’on veut puis comment on s’y prend pour l’atteindre.




  1. Avant tout: bien


comprendre le problème.


Avant de se demander si cette perspective d’action décidément réformiste est juste ou correcte, il faut d’abord avoir une compréhension claire de ce qu’est ou sont les causes du problème. C’est à partir d’une telle compréhension qu’on doit juger de la plus ou moins grande justesse de cette perspective ainsi que des revendications particulières qui vont dans ce sens (c-a-d, la perspective et le “sens” ou la direction réformiste), de la même manière qu’on peut déterminer quels sont les bons et les mauvais traitements pour une maladie lorsque celle-ci est bien comprise et ses causes sont clairement identifiées. Je ne prétends pas avoir une compréhension totale des causes de la crise écologique, mais je pense être en mesure d’avancer certaines thèses générales qui peuvent nous servir de base pour ensuite réfléchir et évaluer nos revendications. Premièrement, l’intensité et la dimension internationale de la crise écologique dans son état actuel et toutes les injustices climatiques qui en découlent sont l’effet direct du mode de production actuelle basée sur la propriété privée des moyens de production et l’accumulation constante du capital qu’on appelle capitalisme. Le fait empirique de la concordance presque parfaite entre émergence du capitalisme et croissance importante de l’émission de GES ainsi que d’autres phénomènes menant au dérèglement des écosystèmes terrestres (voire Béatrice Quenault, Changement climatique à l’ère de l’Anthropocène) tout autant que la considération de la nature même de ce système économique (le capitalisme) qui produit selon le seule et unique critère du profit des quelques uns qui possèdent et contrôlent les moyens de productions (les capitalistes ou bourgeois) au profit des millions et des milliards d’autres qui sont exploitées devrait rendre évidente cette idée (voire Anne Isla, Histoire des faits et des idées économiques). Deuxièmement, le capitalisme est nécessairement écocidaire. Ceci devrait être évident quand on comprend que l’aspect principal du capitalisme qui mène


à la destruction écologique tout comme aux inégalités et injustices sociales d’ailleurs, la production basée uniquement sur la recherche de profit pour la classe capitaliste, est aussi un de ses éléments absolument fondamentaux (avec la propriété privé des moyens de production). Mais cette idée implique plus: la fin de la destruction écologique présente implique nécessairement une sortie du capitalisme et son remplacement par une autre forme d’organisation de la production qui soit capable de respecter les limites des écosystèmes et qui ne détruisent pas ceux-ci. Le capitalisme n’est donc pas écocidaire en vertu de sa forme présente ou passé, une forme qui pourrait être remplacer par une autre, mais de sa nature fondamentale. La destruction de ce mode de production et son remplacement par un autre mode de production non-écocidaire est donc la condition nécessaire de la fin de la destruction écologique et la possibilité d’une véritable justice climatique. Troisièmement, le capitalisme ne sera pas abolie par l’État existant et ne s’éteindra pas par lui-même; il sera détruit et définitivement dépassée par une révolution mené par l’ensemble des personnes qui sont exploitées dans ce système (les travailleur.se.s, entendu au sens très large de toutes les personnes qui participent de manière exploité et aliéné directement ou indirectement à la production de tous les


biens et services). Une des fonctions essentielles de l’État dans une société capitaliste, indépendamment du parti qui l’administre, est le maintien de l’ordre (par la protection de la propriété privée, principalement). La police et l’armée existent en grande partie pour éviter que cet ordre soit sérieusement attaqué ou mis en danger. C’est pour cela que l’État ne peut pas abolir le capitalisme, la cause (entre autres) de la crise écologique, car c’est sa fonction fondamentale de le protéger indépendamment du parti qui le dirige (voire Lénine, L’État et la Révolution). Aussi, le capitalisme ne s’éteindra pas par lui-même car, même s' il tend à devenir de plus en plus dysfonctionnelle, l’histoire montre que celui-ci trouve toujours une nouvelle manière de s’adapter et de se transformer pour survivre, peu importe les coûts (voire Michel Beaud, Histoire du capitalisme). L’État est justement une des roues de secours principales du capitalisme, qui a ajouté à son rôle fondamental de protecteur de l’ordre bourgeois celui de régulateur de l’économie pour assurer que celle-ci puisse maintenir son cours. La seule chose qui puisse détruire le capitalisme, c’est une révolution populaire de tous ceux et celles qui sont exploités par ce système et qui ont donc un intérêt claire à le détruire pour former un nouveau genre de soci


été libérée de cette exploitation. Ceci n’est pas un vœu utopique, c’est une nécessité: ce sont les personnes qui ont intérêt à détruire ce système qui vont le détruire. Dans la mesure où la destruction écologique affectera particulièrement les plus jeunes générations, on pourrait considérer que, dans une certaine mesure, les jeunes font partie de cet ensemble de gens ayant intérêt à la destruction et au dépassement du capitalisme.


Pour résumer les points ci-dessus: 1) le système capitaliste est la cause de la crise écologique, 2) le système capitaliste ne peut pas être autrement qu' écocidaire ou destructeur des écosystèmes, 3) sa fin et son dépassement ne sera pas l'œuvre de l’État et ne se fera pas tout seul. Elle sera l'œuvre de l’ensemble des gens qui sont exploités par le capitalisme et qui ont intérêt à le dépasser pour former un nouveau type de société. Voilà ce que je crois être des thèses


difficilement réfutables, mêmes si elles sont très (trop) générales et qu’elles ne prennent pas pleinement en compte de toute la complexité de la réalité, qui devraient nous servir de fondement pour juger des revendications et des orientations de nos mouvements pour mettre fin à la destruction écologique. Toutefois, je dois noter quelques mots à propos du colonialisme et de l’impérialisme, qui sont deux traits fondamentaux de la forme particulière du capitalisme au soi-disant “Québec” et “Canada” que l’on se doit d’intégrer minimalement à notre compréhension: le capitalisme canadien s’est imposé par l’appropriation forcée et violente des terres des peuples et nations autochtones qui habitaient ce territoire longtemps avant l’arrivée des Européens. Pour assurer la propriété privé des entreprises sur les territoires afin de les exploiter et vendre les produits de cette exploitation sur les marchés internationales de ressources naturelles et de pétroles, qui est le pilier du capitalisme au “Canada”, l’État canadien a détruit et continue de détruire les modes de vies et cultures autochtones dans ce qu’on peut véritablement appeler un processus organisé de génocide. Deuxièmement, le Canada est impérialiste, puisq


ue la grande bourgeoisie du Canada étend son empire au-delà des frontières nationales pour s’installer dans le Sud global et exploiter la main-d'œuvre et les ressources à faible coût situées dans ces pays. L’entiereté de la population du Canada, incluant les travailleur.se.s, doivent êtres consciente des horreurs accomplis dans le Sud global au nom des intérêts de la grande bourgeoisie canadienne ainsi que de comment ils sont dans une situation de privilège matériel à l’échelle internationale, rendu possible par l’impérialisme. Cela nous impose à nous, à nos revendications et à notre mouvement de dénoncer haut et fort autant les manifestations écocidaires que coloniales et impérialistes du capitalisme puis d’être solidaire avec les luttes d’émancipation des peuples autochtones et des peuples du Sud global.




  1. Ce qu’on peut conclure à propos des revendications et tendances actuelles du mouvement avec une compréhension plus claire du problème.


Avec cette compréhension plus claire de la nature et des causes de la crise écologique que nous voulons faire cesser, il apparaît clairement que les revendications et la tendance réformiste de notre mouvement ne permettent pas de mettre fin à la crise écologique et permettre une véritable justice climatique. Comme on l’a vu, la crise écologique et les injustices auxquels celles-ci mènent (exemple: perturbation des vies et des sociétés du Sud global, qui sont pourtant les moins responsables de la crise écologiq


ue, migrations forcées, urbanisation et industrialisation inhumaine dans les quartiers pauvres et souvent racisés, etc.) sont des produits directes de la dynamique fondamentale de recherche de profit qui est au coeur du système capitaliste. Même des réformes ambitieuses ne pourront jamais résoudre définitivement le problème; au mieux elles pourront l’amoindrir, le contenir ou l’empêcher de se développer trop vite pendant un certain temps, pour certains groupes de personnes et à certains endroits.



  1. Nuances au point précédent.


Cependant, il est une chose d’avoir conscience de la nature et des limites de nos revendications et notre mouvement, puis c’en est une autre de déterminer si on doit adopter ces revendications et créer et participer à ce mouvement. Bien que, du moins dans mon cas, mon but soit évidemment de mettre définitivement fin à la destruction écologique tout comme à la misère, l’exploitation e


t l’oppression humaine, toutes deux engendrées par le capitalisme, je ne crois pas que cela signifie de rejeter catégoriquement des revendications et des luttes réformistes, à certaines conditions du moins. Des luttes populaires pour des réformes importantes ne sont pas mauvaises ou futiles en soi seulement parce qu’elle ne s’attaque pas directement à la racine du problème et qu’elle n’ont pas comme but de transformer l’ordre social. Au contraire, ces luttes permettent de forger la conscience critique des gens et de développer la capacité d’organisation et d’action de la population dans les différents secteurs en plus de permettre, lorsque victorieuse, d’acquérir des gains parfois non négligeables. Refuser catégoriquement toutes formes de revendications et de mouvements réformistes par une prétendue pureté morale “révolutionnaire” est non seulement absurde mais contre-productif. Bien que nous devons être le plus lucide possible sur le problème auquel on s’attaque (la crise écologique) et sur notre moyen de s’y attaquer (dans ce cas-ci: l’exigence de réformes importantes) puis les limites de ses moyens (réformer un système dont l’essence est problématiqe), nous devons créer et prendre part à ces luttes et nous devons leurs donner notre temps et notre attention. Surtout en l’absence d’un mouvement révolutionnaire organisé des masses exploitées ici au “Québec” et au “Canada”, des luttes réformistes populaires (grassroots) peuvent êtres une des meilleur


es opportunités pour avancer dans la bonne direction et construire la conscience et l’organisation révolutionnaire nécessaire pour résoudre la crise écologique et toutes les injustices causées par le capitalisme. Par contre, comme je le détaillerai un peu plus bas, ces revendications et cette mobilisation réformiste doit contenir certains éléments clés pour être véritablement positive dans la lutte générale contre la crise écologique.



  1. Avec tout ce qui a été dit plus tôt: proposition sur la nature des revendications et du mouvement, proposition de revendication(s) générale(s).


Donc, considérant tout ce qui a été dit jusqu’ici, je crois que nous devrions adopter consciemment des revendications réformistes fortes et progressistes pour lutter contre certaines des pires manifestations du caractère fondamentalement écocidaire du capitalisme (sans renforcer son caractère colonial et impérialiste évidemment). Ces revendications devraient être axées sur des phénomènes, processus, projet, entreprises, etc. clairement identifiables et dont on sait qu’elles peuvent êtres reconnus comme nocives sur le plan environnemental par presque tout le monde. Elles doivent pouvoir permettre des gains non négligeables pour la cause écologique sans s’attaquer aux travailleur.se.s et aux personnes précaires puis tout en renforçant la conscience et le pouvoir populaire dans le processus. Cette ou (ces) revendication(s) devrait(aient) avoir comme effet de tenir responsable et de faire payer les riches pour la crise écologique ainsi que de limiter le pouvoir de l’argent et de la propriété privé. Par exemple, notre ou nos revendication(s) pourrait(aient) viser les investissements des grandes banques (et de nos universités dans plusieurs cas) dans l’industrie fossiles (comme RBC), la destruction des espaces verts urbains au profit de projets capitalistes comme c


elui de Raymond Logistiques dans Hochelaga, le projet “Avantage St-Laurent” de Legault, la fin des privilèges et des subventions massives des entreprises et projets pétroliers ou miniers extractivistes, destructeurs et coloniaux par le gouvernement du Canada.


Aussi, et je crois que ceci est absolument crucial et central à ce que doit être notre mouvement en général, il faut que ce mouvement sorte des limites de l’écoles et deviennent un mouvement général de toutes les personnes dans tous les secteurs de la sociétés qui sont victimes du système capitaliste et qui luttent pour la justice sociale ou climatique. La mobilisation et les grèves étudiantes peuvent êtres le début, l’étincelle du mouvement, mais celui-ci doit ensuite s’étendre le plus largement possible dans toutes les sphères de la société, afin d’exercer la plus grande pression sur le gouvernement, d’impliquer directement les travailleur.se.s et toutes les personnes exploités et victimes d’oppressions puis diffuser le plus possible notre discours écologiste radicale de manière à construire une conscience critique et des formes d’organisations populaires. En effet, nous devons aussi miser sur un grand travail d’éducation populaire et d’agit-prop pour présenter, diffuser et populariser une analyse critique et profonde de la nature et des causes de la crise écologique ainsi que de la nécessité d’un dépassement du capitalisme pour une économie non-écocidaire (entre autres). Ayant conscience des limites de notre mouvement, due au fait qu’il aborde un problème systémique de m


anière réformiste, il faut accorder autant d’importance à l’atteinte de nos objectifs qu’à l’éducation populaire afin de diffuser une compréhension juste de la nature de la crise écologique et de ses causes chez la population en général. Un comité dédié entièrement à la production et à la diffusion de matériels d’informations à cet effet (textes, journaux, ateliers, groupes de discussions et événements, etc.) doit être mis en place. Pour ce qui est du renforcement et de la construction du pouvoir populaire dans ce processus, je crois qu’on devrait inviter les gens à s’organiser ensemble (sur leurs lieux de travails, dans leurs quartiers, etc.) en leurs donnant des outils pour le faire si possible (du matériel d’éducation, l’accès à des salles comme des locaux d’asso, des contactes, du support légal, etc.).



  1. Conclusion



Voici donc ma position générale sur la nature de nos revendications et de notre mouvement. Je m’excuse de la longueur de mon texte, mais j’ai cru nécessaire d’exprimer correctement toute ma pensée pour que ma conclusion soit la plus convaincante possible. J’espère que certain.e.s d’entres vous la réfléchiront et qu’elle pourra influencer la définition des revendications puis l’organisation et le “modus operandi” de notre mouvement, dont je ferai évidemment partie!



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